
Avant de raconter son cauchemar devant le tribunal correctionnel de Versailles, Irani en a confié l'essentiel à son voisin de palier. Des bleus, des traces de sang sur le visage. Et cette phrase qu'elle lâche, complètement paniquée : « Laisse-moi entrer, il va me tuer ». C'était le dimanche 15 janvier 2026, dans un immeuble de Sartrouville.
Interpellé sur place, Reginaldo M., le conjoint d'Irani, a été placé en garde à vue, puis en détention provisoire. Jugé en comparution immédiate pour une série de violences commises sous la menace d'une arme entre le 30 janvier et le 15 février, il a été condamné ce mardi 18 février soir à deux ans de prison ferme, assortis d'un maintien en détention.
Armoire à glace dans un grand sweat kaki, cet homme de 39 ans, amateur de sports de combat, s'est exprimé devant les juges par la voix d'un interprète en brésilien. « Selon les déclarations de Madame, vous aviez déjà été violent avec elle au Brésil, relate la présidente. Vous seriez arrivé en France le 6 janvier pour la rejoindre. Devant la police, Madame évoque des coups à la tête, dans les côtes, les jambes, une morsure à l'avant-bras, des insultes, des menaces avec un marteau. Elle pleure au cours de l'audition au commissariat ».
Tassée sur sa chaise au premier rang, Irani est toujours en larmes à l'audience. Le premier déchaînement de violences rapporté dans la procédure se résume à une scène dans une pizzeria de Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine), dans laquelle Irani était allée remplacer une amie pour faire du ménage.
Reginaldo arrive sur ses talons. Elle est d'abord traitée de « sale pute ». Puis les coups pleuvent. Le récit qu'elle livre aux policiers quelques semaines plus tard fait froid dans le dos.
« Il m'a donné des coups de poing alors que j'étais au sol, a-t-elle expliqué. Deux garçons et une fille nous ont vus depuis la rue et ont frappé à la vitre. Il m'a fait monter de force dans la voiture. Dans un parking, il m'a mordue, tordu les doigts et donné des coups de pied dans les côtes. Un automobiliste a klaxonné mais ne s'est pas arrêté. Mes vêtements étaient en sang. Je me suis dit qu'il aurait pu me tuer ».
De retour dans l'appartement de Sartrouville, Irani essuie une nouvelle salve de coups. Elle est aussi menacée avec un marteau. Dans le box, Reginaldo se concentre sur la traduction assurée par l'interprète. La plupart du temps, il regarde dans le vide. Parfois, il dodeline.
La présidente aborde le deuxième dimanche, celui de l'interpellation. À nouveau frappée, Irani est jetée sur le lit. Elle se réfugie un temps dans les toilettes. Et tente même de s'enfuir en sautant par la fenêtre du deuxième étage, avant d'être rattrapée par Reginaldo, qui lui vole son téléphone et lui fait cet aveu glaçant : « Je t'aime tellement que je serais prêt à prendre ta vie ».
Dans le téléphone de la victime, les policiers ont découvert une dizaine de photos envoyées sur un groupe WhatsApp réunissant des femmes brésiliennes. Irani a aussi filmé une partie de la scène dans la pizzeria des Hauts-de-Seine. À l'audience, Reginaldo – comment faire autrement ? – reconnaît « et assume » les violences filmées. Pour le reste, il assure n'avoir « rien fait, rien vu » et formule l'hypothèse qu'Irani a pu se blesser « en tombant sur l'aspirateur »...
Passablement énervée, la présidente brandit les photos : « Madame a la bouche complètement déformée, un hématome de 10 cm à la cuisse ! Le voisin a dit aux policiers : Quand je l'ai vue, j'ai compris qu'elle avait été massacrée. Massacrée ! Comment l'expliquez-vous ! »
Invitée à prendre la parole à la barre, Irani semble tellement souffrir que la présidente lui recommande de rester assise. Elle se tient le flanc gauche, explique qu'elle prend toujours des antidouleurs et doit subir de nouveaux examens pour les coups qu'elle a reçus sur le crâne.
« Les unités médico-judiciaires ont délivré à ma cliente cinq jours d'ITT (incapacité totale de travail) physique. Mais le retentissement psychologique n'a pas été évalué et je le déplore. Je rappelle qu'elle a envisagé de sauter par la fenêtre pour échapper à son sort. Cette affaire est proprement terrifiante », a plaidé l'avocate de la victime.
Insistant sur les « blessures visibles sur tout le corps » de la victime et sur « l'attitude de toute puissance » du prévenu, la procureure avait réclamé trois ans de prison ferme. « Madame le dit elle-même : elle a vécu ces épisodes comme des scènes de torture. Quel meilleur mot, en effet, pour décrire ce qu'elle a enduré ? »
Le tribunal a finalement prononcé une peine de deux ans de prison ferme avec maintien en détention, sanctionnant ainsi la gravité exceptionnelle des faits et le danger que représente Reginaldo M. pour sa victime.
Cette affaire s'inscrit dans un contexte de violences intrafamiliales préoccupant dans les Yvelines. Le département a développé une méthode révolutionnaire pour sauver des vies, avec des dispositifs d'alerte et d'accompagnement renforcés pour les victimes. Les élus ruraux se retrouvent en première ligne face à ces situations dramatiques qui leur valent « quelques nuits blanches ».
Les forces de l'ordre et la justice yvelinoises traitent régulièrement des affaires de violences conjugales, mais celle-ci se distingue par son degré de barbarie et la détermination du voisin qui a sauvé la vie d'Irani en acceptant de la cacher.