
Le 8 novembre 2024, une intervention de police dans un appartement loué à Saint-Cyr-l'École met au jour un réseau de prostitution impliquant une mineure placée à l'aide sociale à l'enfance (ASE). La jeune fille, prénommée Mylène (prénom modifié), se présentait à ses clients comme majeure alors qu'elle était encore mineure.
L'affaire éclate lors d'une altercation entre un client mécontent, réclamant le remboursement de ses 100 euros, et un homme présent dans l'appartement. Les policiers interviennent et le client identifie ce dernier comme étant Daryl, affirmant que Mylène lui aurait remis l'argent de la passe. Les investigations révèlent la présence de l'ADN de Daryl sur un marteau utilisé lors de l'altercation et d'importants flux financiers sur son compte bancaire.
L'enquête démontre que les logements étaient systématiquement loués avec la carte bancaire d'un certain Tom, 19 ans également. Ce dernier, accro aux jeux d'argent, reconnaît avoir cherché « le moindre sou pour pouvoir jouer » sans se poser de questions sur l'utilisation des appartements qu'il réservait pour le compte de Daryl.
Devant le tribunal de Versailles ce jeudi 13 février 2026, Daryl, en détention provisoire depuis l'incident de novembre, se défend d'avoir prostitué la jeune fille. « Je la protégeais. Avant Saint-Cyr-l'École, je ne savais pas que Mylène se prostituait », assure-t-il, expliquant avoir promis à un ami incarcéré de veiller sur elle « comme sa sœur ».
Le président du tribunal questionne cette version : « Elle bénéficie du cadre de l'aide sociale à l'enfance, pourquoi la protéger ? » Daryl répond que la jeune fille ne se rendait jamais au foyer. « Elle dort dehors, elle n'a jamais été au foyer. Je ne sais pas si vous savez mais ça se passe très mal. Le danger c'était qu'elle dorme dehors », argumente le prévenu.
L'enquête met en évidence des achats effectués depuis le compte bancaire de Tom sur un site spécialisé pour passer des annonces de prostitution. Tom affirme ne pas avoir été au courant de ces transactions. Pour la procureure, les faits sont caractérisés : « Daryl protège Mylène, récupère l'argent, intervient quand ça se passe mal avec un client. Il est la clé de voûte de l'organisation. »
Le tribunal a rendu son verdict : Tom a été relaxé au bénéfice du doute, alors que le parquet avait requis trois ans dont deux ans avec sursis probatoire. Daryl, en revanche, a été reconnu coupable de proxénétisme sur la période du 3 au 9 novembre 2024 et condamné à trois ans de prison ferme, une peine inférieure aux cinq ans dont un avec sursis requis par le parquet.
La condamnation est assortie d'une amende de 5 000 euros, d'une interdiction de porter une arme pendant dix ans et d'exercer toute activité professionnelle ou bénévole en contact avec des enfants. Il lui est également interdit d'entrer en contact avec Mylène, la grande absente de ce procès dont on ignore ce qu'elle est devenue.