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Conflans-Sainte-Honorine

Conflans-Sainte-Honorine : 5 ans après l’assassinat de Samuel Paty, 4 accusés rejugés en appel

Cinq ans après l'assassinat de l'enseignant Samuel Paty à Conflans-Sainte-Honorine, quatre hommes sont rejugés en appel depuis hier devant la cour d'assises d'appel spéciale de Paris. Le procès doit se tenir jusqu'au 27 février 2026.
Samuel Paty, victime de la barbarie
Samuel Paty, victime de la barbarie
Date de publication:
27/1/2026
Dernière modification:
27/1/2026

Condamnés en première instance à des peines de 13 à 16 ans de réclusion criminelle pour leur rôle dans l'attentat islamiste d'octobre 2020, ils contestent la sévérité du verdict et les qualifications retenues à leur rencontre. Pour la première fois, le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez et l'ancien garde des Sceaux Éric Dupond-Moretti sont cités comme témoins à l'audience, signe de la portée nationale de ce dossier.

Rappel des faits

Le 16 octobre 2020, Samuel Paty, professeur d'histoiregéographie de 47 ans au collège du Bois d'Aulne, a été poignardé puis décapité à proximité de son établissement par Abdoullakh Anzorov, un jeune réfugié tchétchène radicalisé.

L'assaillant, qui reprochait à l'enseignant d'avoir montré en classe des caricatures de Mahomet lors d'un cours sur la liberté d'expression, a été abattu par la police peu après son crime.

L'attentat a bouleversé la France et frappé au cœur les valeurs de laïcité et de liberté. Depuis, la ville de Conflans-Sainte-Honorine rend régulièrement hommage à l'enseignant, notamment par une cérémonie annuelle et par le rebaptême du collège en « collège Samuel Paty » décidé par les élus locaux et le département des Yvelines.

Qui sont les quatre accusés rejugés en appel ?

Parmi les quatre accusés figurent deux proches de l'auteur de l'attentat, Naïm Boudaoud et Azim Epsirkhanov, condamnés à 16 ans de réclusion pour complicité d'assassinat terroriste lors du premier procès. Les juges ont estimé qu'ils connaissaient la radicalisation d'Abdoullakh Anzorov et l'avaient néanmoins aidé, notamment dans ses démarches pour se procurer des armes.

Les deux autres accusés sont Brahim Chnina, père d'une collégienne du collège de Conflans-Sainte-Honorine, et le prédicateur islamiste Abdelhakim Sefrioui, condamnés respectivement à 13 et 15 ans de réclusion pour association de malfaiteurs terroristes. Les magistrats de la cour d'assises spéciales ont reconnu qu'ils ne connaissaient pas personnellement le meurtrier, mais qu'ils ont contribué, par une campagne virulente contre l'enseignant, à créer un climat de haine propice au passage à l'acte.

Le rôle central du mensonge de l'élève

À l'origine de l'affaire se trouve le mensonge d'une élève de 13 ans, fille de Brahim Chnina, qui a accusé Samuel Paty d'avoir humilié les élèves musulmans de sa classe lors de son cours sur la liberté d'expression. L'enquête a montré que la collégienne n'avait pas assisté au cours, mais son récit a été repris par son père puis relayé massivement sur les réseaux sociaux, notamment via des vidéos et messages de soutien diffusés par Abdelhakim Sefrioui.

Cette campagne numérique a rapidement pris une ampleur nationale, alimentant menaces et appels à la sanction contre l'enseignant, jusqu'à ce qu'Abdoullakh Anzorov décide de se rendre à Conflans-Sainte-Honorine pour le cibler. Pour les juges, Brahim Chnina et Abdelhakim Sefrioui « ont contribué à créer un état d'esprit propre à susciter le crime », en attisant indépendamment la colère autour de la figure de Samuel Paty.

Enjeux juridiques et mémoire locale

En appel, la défense de Brahim Chnina souhaite que le rôle de son client « soit ramené à sa juste place », estimant que ses actes relèvent davantage d'un délit de mise en danger délibérée d'autrui que d'une association de malfaiteurs terroristes.

Les avocats d'Abdelhakim Sefrioui présentent ce procès comme la « dernière chance » de faire évoluer une décision qu'ils jugent trop sévère et porteuse d'une jurisprudence inquiétante pour la liberté d'expression, même lorsqu'elle est utilisée de manière irresponsable.

À Conflans-Sainte-Honorine, où l'enseignant reste un symbole fort, de nombreux habitants et membres de la communauté éducative espèrent que ce nouveau procès permettra de « tourner une page » sans oublier les circonstances qui ont conduit au drame. Le calendrier des audiences, particulièrement long, laisse présager plusieurs semaines de témoignages sensibles, notamment ceux attendus de personnalités politiques et de proches de Samuel Paty.

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