
Carrières-sous-Poissy (Yvelines), le 17 mars 2026. L'ambiance démocratique du jour du vote a été sérieusement troublée.
En fin d'après-midi, une vidéo circule sur Snapchat via une « story » publique. On y voit des jeunes à moto invectiver les passants : « Va voter, sa mère ! ». Des commentaires s'affichent en surimpression : « Allez voter farid bande de batard » (sic), puis : « Votez tous farid, faut mm pas ce dep il repasse », comprendre : il ne faut pas que ce pédé repasse.
La cible est directe : Eddie Aït, maire sortant divers écologiste, et son orientation sexuelle.
Ce n'est pas une première pour l'élu. En 2021, il avait déjà été gratifié d'un « Casse-toi, pédale » qui l'avait conduit à saisir la justice. Fidèle à sa ligne, il a partagé la vidéo sur la page Facebook de sa liste Agir pour Carrières avec ce coup de gueule : « Stop aux méthodes de voyous et à l'homophobie ». La copie a été transmise aux services de police. Plainte déposée ce mardi.
L'incident numérique a été précédé d'une scène d'intimidation bien réelle. Selon le maire sortant, un quart d'heure avant la publication de la vidéo, lui et son directeur de cabinet ont été poursuivis à pied par quatre motards dans le quartier Saint-Louis, à proximité du bureau de vote n°5.
La police, appelée en renfort, a dû intervenir pour disperser le groupe. « Je suis atterré par cette ambiance », confie Eddie Aït, qui se dit néanmoins serein sur l'issue du second tour du 22 mars, ayant dominé le premier tour avec 43,97% des voix.
Farid Lounis, chef de file de Carrières en commun, arrivé deuxième avec 28,10% (devant Christophe Delrieu à 24,26%), a réagi ce mardi. Il condamne « toutes les discriminations et en particulier les insultes homophobes », rappelant avoir lui-même subi des attaques racistes lors du lancement de sa candidature.
Mais il refuse d'en porter la responsabilité : « Ces insultes sont détestables mais je ne comprends pas pourquoi il les a lui-même relayées. » Il reproche à Eddie Aït d'utiliser cette séquence « à des fins politiques ». Son colistier Yves Pery a publié un message sur Facebook, qualifiant les auteurs de la vidéo d'« imbéciles qui ne représentent qu'eux-mêmes ».
Un climat tendu qui assombrit la campagne à quelques jours du second tour décisif.