
C'est à 21 h 15, ce vendredi 29 mai 2026, que Frédéric Rose, préfet des Yvelines, a signé un arrêté préfectoral interdisant l'accès au public au massif forestier de Rambouillet. La mesure, immédiate, court jusqu'au lundi 1er juin 2026 inclus. En cause : une prolifération qualifiée d'exceptionnelle de chenilles processionnaires du chêne, dont la densité dans la forêt atteint un niveau rarement observé à cette période de l'année.
L'interdiction s'applique à toutes les parties boisées des communes de Rambouillet,Vieille-Église-en-Yvelines, Sonchamp, Clairefontaine-en-Yvelines, LaCelle-les-Bordes, Le Perray-en-Yvelines et Les Bréviaires. Elle concerne les routes forestières, les sentiers de randonnée et l'intérieur des parcelles boisées, de jour comme de nuit. La circulation sur les voiries ouvertes — nationales, départementales et communales — reste autorisée. Tous les événements et manifestations prévus dans ce périmètre sont également annulés pour la durée de l'arrêté.
Pourquoi les fortes chaleurs aggravent la situation
Les chenilles processionnaires du chêne (Thaumetopoeaprocessionea) sont les larves d'un papillon de nuit dont les œufs éclosent en avril. Leur développement est directement lié à la température : la chaleur accélère leur cycle larvaire, favorise leur sortie des nids pour se nourrir des feuilles de chêne et augmente leur activité. Plus les températures sont élevées et prolongées, plus les colonies grossissent rapidement et plus les nids, visibles sur les troncs et sous les branches, se multiplient. La canicule précoce de ce printemps 2026 en Île-de-France explique en grande partie l'ampleur inhabituelle de cette infestation dans le massif de Rambouillet.
La pluie joue, à l'inverse, un rôle protecteur. Les poils urticants microscopiques des chenilles se dispersent par le vent et peuvent se propager sur plusieurs kilomètres. Des précipitations régulières les plaquent au sol, réduisent leur dispersion dans l'air et limitent ainsi le risque de contact avec les promeneurs, les animaux et les habitants des zones proches. Une météo humide ralentit aussi l'activité des chenilles, qui sortent moins de leurs nids par temps frais et couvert.
Les risques sanitaires : ne pas sous-estimer les poils urticants
Le danger ne vient pas de la morsure des chenilles, mais de leurs milliers de poils microscopiques chargés d'une substance urticante. Ces poils se détachent facilement et flottent dans l'air, s'accrochant à la peau, aux yeux et aux voies respiratoires. Un simple passage sous un arbre infesté peut suffire à provoquer une réaction.
· Sur la peau : éruption douloureuse avecdémangeaisons intenses, apparaissant en moins de huit heures
· Sur les yeux : conjonctivite avecrougeurs, larmoiements et douleurs, en une à quatre heures
· Par inhalation : irritation des voiesrespiratoires, éternuements, maux de gorge, voire difficultés à respirer
· Par ingestion (surtout chez les animaux): inflammation des muqueuses buccales et intestinales
· Réaction allergique grave : rare mais possible,pouvant évoluer vers un choc anaphylactique
Les chiens sont particulièrement vulnérables, car ils reniflent et lèchent volontiers les processions de chenilles au sol.
Que faire en cas de contact ?
Les premiers gestes sont essentiels pour limiter la propagation des poils urticants sur le corps :
1. Ne pas se gratter : cela aggrave la pénétration des poils dans la peau
2. Rincer à l'eau froide (surtout pas chaude, qui dissoudrait les poils et libérerait davantage de venin
3. Retirer les poils visibles avec du sparadrap ou du papier collant, posé et retiré délicatement
4. Retirer et laver les vêtements à haute température (au-dessus de 60 °C), en lesmanipulant avec des gants
5. Rincer les yeux chez un ophtalmologue en cas d'atteinte oculaire
6. Prendre des antihistaminiques pour calmer les démangeaisons, ou une crème à base de cortisone sur avis pharmaceutique
En cas de symptômes généraux— malaise, vertiges, vomissements, fièvre, difficultés respiratoires — il ne faut pas attendre : appelez le 15 ou rendez-vous aux urgences. Pour les animaux, une consultation vétérinaire rapide s'impose.
Respecter l'interdiction pour sa propre sécurité
Pendant toute la durée de l'arrêté préfectoral, les promeneurs, coureurs, cyclistes et cavaliers sont invités à ne pas s'approcher des zones boisées concernées, même en bordure de forêt. Les nids de chenilles, bien visibles sous forme d'amas cotonneux sur les troncs et branches basses, ne doivent en aucun cas être touchés ou détruits sans équipement adapté. L'arrêté sera levé le 1er juin 2026, sous réserve d'une évaluation de la situation sanitaire.