
Cet encadrement exceptionnel vise à enrayer l'essor préoccupant de l'usage détourné de ce « gaz hilarant », désormais considéré comme une menace sérieuse pour la santé publique et la sécurité.
L'arrêté préfectoral prévoit également un contrôle strict de la détention et de la consommation sur la voie publique, avec des sanctions renforcées à la clé. Il vient compléter un arsenal législatif déjà renforcé ces dernières années au niveau national, notamment depuis la loi du 1er juin 2021 encadrant la vente aux mineurs et l'incitation à la consommation.
Le texte signé par le préfet des Yvelines Frédéric Rose interdit la vente de protoxyde d'azote à tout particulier, quel que soit son âge, pendant toute la durée de l'arrêt. Les commerces de proximité, épiceries, supermarchés ou magasins non spécialisés ne pourront plus proposer de cartouches ou de bonbonnes de gaz aux particuliers.
Seuls les professionnels – notamment de la pâtisserie, où le protoxyde d'azote est utilisé comme propulseur de gaz pour les siphons – pourront s'en procurer, et uniquement de 8 heures à 20 heures, dans des commerces spécialisés, sur présentation d'un justificatif professionnel et d'une pièce d'identité. L'objectif est de maintenir l'usage légitime de ce produit tout en coupant l'accès au marché de loisir qui s'est développé ces dernières années.
Au-delà de la vente, l'arrêté cible également la détention du protoxyde d'azote sur la voie publique ou dans un véhicule, quel que soit le lieu ou la date d'achat. Il ne sera plus possible de conserver des bonbonnes dans sa voiture ou sur soi en prétextant un achat réalisé dans un autre département.
La consommation sur la voie publique est, elle aussi, interdite « sous quelque forme que ce soit (cartouches, bonbonnes, bouteilles ou tout autre récipient sous pression) ». L'abandon de contenants dans l'espace public, déjà source de pollution et de risques d'explosion, est également visé par le dispositif. Les forces de l'ordre sont appelées à renforcer les contrôles pendant toute la période d'application de l'arrêté.
L'année 2025 a été marquée par une flambée des interventions liées au protoxyde d'azote dans les Yvelines : 268 opérations des forces de l'ordre ont été recensées, soit une hausse d'environ 72% par rapport à 2024. Les autorités font état de troubles répétés à l'ordre public, de dégradations, d'infractions routières et d'amas de bonnes bonnes abandonnées, notamment en soirée et le week-end.
Sur le plan sanitaire, la préfecture rappelle que l'inhalation répétée ou massive de protoxyde d'azote peut provoquer des atteintes neurologiques sévères, des troubles cardiovasculaires, des pertes de connaissance, voire des lésions irréversibles, surtout chez les jeunes consommateurs. Des accidents de la route liés à la consommation de ce gaz, avec une baisse des réflexes et de la vigilance, ont également été signalés.
Cette décision préfectorale intervient également dans un contexte de mobilisation croissante de la société civile, notamment avec la création de l'association Stop ballon par Arnaud Dalbis, candidat aux élections municipales à Mantes-la-Jolie, qui alerte depuis plusieurs semaines sur les ravages du protoxyde d'azote et milite pour un encadrement strict de sa vente et de son usage. L'action de cette association a contribué à mettre la pression sur les pouvoirs publics et à accélérer la prise de mesures fortes au niveau local.
Au niveau national, la loi du 1er juin 2021 interdit déjà la vente ou l'offre de protoxyde d'azote aux mineurs. Elle prévoit également une amende pouvant atteindre 15 000 euros pour les personnes qui incitent un mineur à détourner ce produit de son usage initial, notamment à des fins récréatives. L'arrêté des Yvelines s'inscrit donc dans un continuum de durcissement, en ciblant cette fois tous les particuliers, y comprenant les majeurs.
Les sanctions financières s'annoncent particulièrement dissuasives pour ceux qui tentaient de contourner l'arrêté, que ce soit par la vente, la détention ou la consommation sur la voie publique. Les contrôles annoncés devraient s'intensifier dans les zones les plus touchées, comme les centres-villes, les abords de lieux festifs ou les parkings.
En parallèle, les autorités rappellent l'importance de l'accompagnement et de la prévention. Les personnes confrontées à une problématique de consommation de protoxyde d'azote, ou leurs proches, peuvent se tourner vers Drogues Info Service au 0 800 23 13 13, un numéro gratuit accessible 7 jours sur 7. Les collectivités locales et les acteurs associatifs devraient également intensifier les actions de sensibilisation auprès des jeunes dans les prochaines semaines.