
Anne-Sophie, habitante de la région de Montauban dans le Tarn-et-Garonne, vit un cauchemar depuis près de huit mois. Le local commercial que possède sa famille dans une zone d'activités à Achères, à 650 km de son domicile, a été squatté trois fois depuis juillet 2025 par des familles de gens du voyage. Malgré des démarches multiples auprès des autorités, la situation reste bloquée et la propriétaire affirme être « laissée à l'abandon ».
Ce local est ce qu'il reste de l'entreprise spécialisée dans les détecteurs de gaz que son père avait créée dans les années 1990. Depuis près de vingt ans, le lieu était loué pour permettre à sa mère, aujourd'hui veuve et âgée de 82 ans, de bénéficier d'un revenu complémentaire indispensable dont elle est privée depuis l'été 2025.
Les ennuis commencent en juillet 2025 quand l'agence immobilière mandatée par la famille constate la présence de caravanes et de véhicules sur le parking attenant. Le portail électrique a été forcé. Après un constat d'huissier et une plainte, les occupants quittent les lieux au bout de dix jours.
En octobre, Anne-Sophie se rend à Achères pour effectuer des travaux en vue d'une nouvelle location, mais découvre que de nouvelles familles se sont installées. Au commissariat où elle porte plainte, elle apprend que son bien est occupé depuis 5 jours. « On m'explique qu'on ne peut rien faire malgré l'effraction caractérisée », déplore-t-elle.
Le 17 janvier 2026, après trois mois d'occupation, les gens du voyage quittent enfin les lieux. Pour sécuriser le site, Anne-Sophie et son frère installent des cadenas et disposent six blocs de béton de 2,4 tonnes chacun devant les entrées, en prévenant le commissariat. Peine perdue : le 4 février, le local a de nouveau été forcé avec vol de la cuisine équipée et des câbles Internet. Le lendemain, les blocs ont été déplacés et de nouveaux occupants sont sur place.
Anne-Sophie a entrepris « toutes les démarches administratives possibles ». Les courriers recommandés se sont enchaînés : à la mairie d'Achères « qui dit ne pas pouvoir intervenir », à la préfecture « qui ne peut agir au motif que la commune ne remplit pas l'un des critères du schéma départemental d'accueil et d'habitat des gens du voyage », et à la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise (GPS&O), compétente sur ce dossier, mais « qui n'a pas répondu ».
Entre le manque à gagner sur les loyers, les frais d'avocat et de justice, ceux destinés à sécuriser le local ou à effectuer les réparations, la propriétaire affirme avoir déjà perdu 37 000 euros. « Par contre, j'ai intérêt à payer ma taxe foncière parce que là, on sait où me trouver », ironise-t-elle amèrement.
Du côté de GPS&O, Fabienne Devèze, maire de Morainvilliers et vice-présidente chargée du dossier des aires d'accueil, découvre la situation avec consternation. « Objectivement, je les comprends, je les plains », réagit-elle. L'élue assure que les six aires d'accueil gérées par l'intercommunalité à Aubergenville, Buchelay, Conflans-Sainte-Honorine, Gargenville, Les Mureaux et Limay sont « ouvertes, équipées et accessibles » mais « malheureusement » rarement occupées.
« Les gens ne veulent pas y aller, pour une raison ou pour une autre », explique Fabienne Devèze. L'élue évoque également l'aire de grand passage prévue sur un terrain à cheval entre Carrières-sous-Poissy et Triel-sur-Seine, « un projet qui est prêt et financé » mais bloqué depuis plusieurs années en raison d'un contentieux juridique porté par des associations locales, opposées à l'emplacement situé près d'une usine d'incinération et de lignes à haute tension.
Ces dernières semaines, plusieurs autres entreprises de la zone d'activités d'Achères assistent impuissantes à l'occupation d'une partie de leur site. Ces secteurs éloignés des habitations et dotés de grands parkings bitumés sont souvent prisés des gens du voyage. Décidée à médiatiser son calvaire qui place sa mère « dans un état de stress permanent », Anne-Sophie a sollicité la députée Natalia Pouzyreff, le président du Sénat Gérard Larcher, le préfet des Yvelines et la présidente de la région Île-de-France Valérie Pécresse.