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Versailles

Versailles : les avocats en grève générale contre le projet de loi Darmanin sur le « plaider coupable »

Depuis le 31 mars 2026, les avocats du barreau de Versailles sont en grève générale contre le projet de loi du garde des Sceaux étendant le plaider coupable aux crimes.
Photo d'illustration - InfosYvelines
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Date de publication:
3/4/2026
Dernière modification:
3/4/2026

Une grève votée en assemblée générale

Depuis le mardi 31 mars 2026, les avocats du barreau de Versailles observent une grève générale, votée en assemblée. Si le mouvement reste invisible aux yeux du grand public, ses conséquences sur la marche de la justice sont bien réelles. La traduction la plus directe est l'absence de défense à la permanence lors des comparutions immédiates : les robes noires n'interviennent plus sur le fond des affaires, mais uniquement sur les questions liées à la liberté lors des renvois, devenus systématiques. Concrètement, ils ne plaident désormais que pour soutenir le placement sous contrôle judiciaire des prévenus.

Le projet de loi Darmanin au cœur de la colère

La source de ce courroux a un nom : Gérald Darmanin. Le ministre de la Justice a présenté le 13 mars 2026 un projet de loi intitulé « justice criminelle et respect des victimes », dont l'objectif affiché est de réduire les délais de jugement des affaires criminelles, afin d'éviter la remise en liberté d'auteurs de crimes faute de date de procès. Le garde des Sceaux était même venu défendre son texte à la cour d'appel de Versailles le 26 mars.

« Une CRPC du crime » : la charge du bâtonnier

Pour Thierry Voitellier, bâtonnier de l'ordre des avocats de Versailles, ce projet de loi n'est ni plus ni moins qu'une extension au domaine criminel de la Comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC), déjà en vigueur pour les délits. Le mécanisme serait le suivant : le parquet propose à un accusé de reconnaître sa culpabilité, un avocat est désigné, une peine réduite aux deux tiers du maximum encouru est proposée, la victime dispose de dix jours pour s'y opposer, et si toutes les parties sont d'accord, la décision est homologuée.

Une procédure que le bâtonnier juge profondément insatisfaisante : selon lui, elle prive la victime de la possibilité de s'exprimer à l'audience, prive l'accusé de se défendre pleinement, et prive le pays d'un moment de vérité que représente tout procès d'assises. Il dénonce avant tout une logique comptable : trop d'affaires, pas assez de magistrats, pas assez de moyens.

Un mouvement national, une manifestation le 13 avril à Paris

Le barreau de Versailles n'est pas isolé dans cette fronde. Partout en France, de nombreux barreaux montent aux créneaux contre ce texte, et beaucoup prévoient de converger vers Paris le lundi 13 avril 2026 — jour de la présentation du projet de loi — pour manifester devant le ministère de la Justice.

Malgré la grève, Thierry Voitellier tient à rassurer victimes et prévenus : le barreau de Versailles saura faire preuve de discernement et prévoir des exceptions dans l'intérêt supérieur des personnes.

La réponse du ministère de la Justice

Contacté, le ministère de la Justice a tenu à rappeler que ce projet de loi a été élaboré après plusieurs mois de concertation avec les organisations représentatives des avocats, qu'il est soutenu par une grande majorité de magistrats et jugé conforme à l'État de droit par le Conseil d'État. Le ministère insiste sur le fait que des mesures similaires existent dans la plupart des démocraties européennes, et que le plaider coupable est déjà une réalité en France pour les délits. Il souligne également que la procédure resterait non obligatoire, soumise à l'accord de toutes les parties — victime, prévenu et parquet —, et que l'assistance d'un avocat serait obligatoire à tous les stades.

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