
Tout commence par une mise en condition. À peine franchis les portes de l'hôtel de police de Saint-Quentin-en-Yvelines à Élancourt, le commissaire divisionnaire Yann Drouet demande aux élèves de se lever et d'observer un silence complet. Les regards des collégiens du collège Alexandre-Dumas de Maurepas se figent. Le ton est ferme, l'atmosphère presque solennelle. Après une visite des locaux, direction la terrasse, où les attendent leurs coaches du jour : des policiers en tenue de sport, qui ont temporairement rangé leur uniforme.
L'effet est immédiat en pénétrant dans la salle de sport. Machines dernier cri, infrastructures pensées sur mesure pour les agents : l'équipement impressionne. L'entraînement débute par un échauffement ludique, un morpion géant en mouvement, avant d'enchaîner sur le WOD — Workout of the Day — soit 18 minutes d'exercices intenses en équipe de trois. Rameurs, Echo bikes, effort partagé : l'ambiance se détend progressivement. Les prénoms remplacent les titres, le tutoiement s'invite naturellement, et les premières blagues fusent.
Après l'effort physique, direction le dojo. Dans ce silence studieux, Ronan et Franck, formateurs en techniques d'intervention, prennent les rênes avec bienveillance et pédagogie. Au programme : un atelier de self-défense où les élèves apprennent à parer, bloquer, et surtout à rester maîtres d'eux-mêmes. Parmi les techniques abordées, le Sankaku-jime, une clé d'étranglement en triangle héritée du Jiu-Jitsu, destinée à neutraliser un agresseur même de gabarit supérieur. Quelques réflexes suffisent à faire naître une assurance et une confiance en soi insoupçonnées.
L'objectif de cette matinée est double : lutter contre la sédentarité croissante des jeunes et déconstruire les clichés sur le métier de policier. Le commissaire divisionnaire Yann Drouet l'assume pleinement : son service n'a rien à cacher et est fier de le montrer. Avec environ 3 000 policiers dans les Yvelines et un besoin massif de recrutement, cette initiative est aussi une main tendue vers les futures générations.
En quittant l'hôtel de police, les muscles douloureux, c'est surtout le regard des élèves qui avait changé. Sur le trottoir, une collégienne résume parfaitement la journée : elle avait l'impression d'avoir été avec des coachs, pas avec des policiers. L'image de figures intimidantes et lointaines a cédé la place à celle d'une équipe soudée par l'effort. À Saint-Quentin-en-Yvelines, le dialogue ne passe plus seulement par les mots — il passe par la sueur.