Politique
Mantes-la-Jolie

Politicae et l'argent de Stérin : ce que Cognet a enfin reconnu au Sénat

Raphaël Cognet, cofondateur de Politicae et ex-maire de Mantes-la-Jolie, a comparu ce jeudi devant la commission d'enquête sénatoriale sur le financement privé de la démocratie. En ligne de mire : les liens financiers avec le milliardaire d'extrême droite Pierre-Édouard Stérin.
L'ex-maire de Mantes-la-Jolie Rapaël Cognet a admis le financement de son entreprise par le milliardaire d'extrême-droite Pierre-Édouard Sterin (capture d'écran Public Sénat)
L'ex-maire de Mantes-la-Jolie Rapaël Cognet a admis le financement de son entreprise par le milliardaire d'extrême-droite Pierre-Édouard Sterin (capture d'écran Public Sénat)
Date de publication:
21/5/2026
Dernière modification:
21/5/2026

Ce jeudi, la commission d'enquête du Sénat sur le financement privé de la vie démocratique a auditionné Raphaël Cognet, cofondateur de Politicae et maire battu de Mantes-la-Jolie.Pendant une longue séance, l'élu, aujourd'hui membre du parti Horizons, a tenté de dissiper les soupçons entourant son organisation, financée en partie par le milliardaire conservateur Pierre-Édouard Stérin via le projet « Périclès ».

Une commission sénatoriale sur la transparence démocratique

Créée à l'initiative du groupe Socialiste, la commission d'enquête présidée par Sonia de La Provôté cherche à éclairer « les mécanismes de financement des politiques publiques par des organismes privés ». La rapporteure socialiste Colombe Brossel a annoncé vouloir « tirer un fil rouge sur la transparence des financements » et comprendre comment Politicae intervient dans « la stratégie politique locale et nationale ».

Dans le viseur des sénateurs : l'essor de structures privées finançant des initiatives associatives ou politiques avec une orientation idéologique assumée. Politicae, fondée en 2024 par Raphaël Cognet et Antoine Valentin, député UDR de Haute-Savoie, cristallise une partie de ces interrogations. La structure propose des contenus en ligne, des formations et des séminaires destinés à accompagner des candidats aux élections locales.

Son nom est également apparu dans les révélations publiées en 2024 par L'Humanité autour du projet « Périclès » — acronyme de « Patriotes Enracinés Résistants Identitaires Chrétiens Libéraux Européens Souverainistes ». Ce plan, attribué au fondateur de Smartbox Pierre-Édouard Stérin, viserait à promouvoir ses convictions conservatrices via le financement de médias, de personnalités de droite et d'extrême droite, et d'associations opposées à l'immigration ou à l'avortement.

Des financements confirmés, des montants flous

Face aux sénateurs, Raphaël Cognet a confirmé sans détour le financement de Politicae par Périclès : « Tout à fait.» Il a précisé qu'il s'agissait d'« un financement progressif », versé « au fur et à mesure des besoins », tout en mentionnant « plusieurs dizaines de mécènes» ayant soutenu la structure.

Mais lorsque la rapporteure Colombe Brossel a évoqué « plusieurs centaines de milliers d'euros » mentionnés à l'Assemblée nationale, les réponses sont devenues plus évasives. « Je ne peux pas vous confirmer le chiffre », a reconnu le cofondateur. La sénatrice a alors exigé la transmission ultérieure de l'ensemble des éléments financiers.

Sur la question des contreparties attendues par Périclès, Raphaël Cognet a défendu une indépendance totale : «Nous avons une totale liberté éditoriale. Aucun parti politique ne peut nous envoyer des candidats. » Selon lui, la seule exigence des mécènes serait la qualité des contenus produits.

Une structure juridique construite « en marchant »

L'audition a également révélé une organisation encore instable sur le plan juridique. Raphaël Cognet a reconnu avoir bâti Politicae « en marchant » : d'abord une marque et un site internet, puis une structure portée par l'Institut de formation et de promotion de l'engagement local (IFPEL), avant la création d'une association Politicae « qui ne nous a jamais servi ».

Cette association, présentée comme inactive,a intrigué plusieurs sénateurs. « Elle est inactive mais activable, c'est bien ça ? », a interrogé la présidente Sonia de La Provôté. « Le plus probable est que nous la dissolvions », a répondu Cognet, souhaitant, dit-il, « ne pas créer d'ambiguïté ».

Former des candidats sans faire de politique ?

La question centrale de l'audition reste posée : peut-on former des candidats à l'élection sans exercer une influence politique ? Raphaël Cognet a insisté sur le caractère civique et non partisan de ses contenus, précisant que « 99,9% » sont gratuits. Il a toutefois reconnu que certains séminaires ont été facturés — notamment dans les communes de plus de 9 000 habitants — et que ces dépenses devaient figurer dans les comptes de campagne.

Interrogé sur les résultats électoraux des quelque 500 candidats ayant bénéficié d'un accompagnement payant avant les municipales de mars 2026, il a admis ne pas disposer de données précises. « Jamais nos mécènes ne nous ont demandé X maires ou X personnes élues », s'est-il défendu. Avant de conclure : « Politicae n'est pas un parti politique. »

La commission d'enquête devrait poursuivre ses travaux dans les prochaines semaines, en attendant la transmission des documents financiers réclamés.

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